Par la Miséricorde — R1 SocleSafe from Harm
Formation obligatoire

À l’abri de la maltraitance

Par la Miséricorde — le socle, pour tout adulte en lien avec les jeunes

Bienvenue. Cette formation est obligatoire pour tout adulte en lien avec les jeunes aux Scouts Musulmans de France. Elle vous prépare à prévenir la maltraitance et à agir si une situation survient.

Objectifs

  • Comprendre ce qu’est un environnement sûr et la bientraitance.
  • Reconnaître les situations de maltraitance et les signaux d’alerte.
  • Connaître et appliquer les repères de « Nos bonnes relations » (Code Rahma).
  • Connaître le cadre légal français et nos 3 réflexes pour agir.
  • Savoir à qui parler : cellule d’écoute, référent, formulaire « en parler ».

⏱ Durée : environ 25-30 minutes · À la fin, un court quiz valide votre formation et vous délivre une attestation nominative.

« Nous sommes tous garants de la bientraitance. »

Chapitre 1

Pourquoi cette formation ?

Le scoutisme mondial (OMMS) fait de la protection contre la maltraitance une exigence pour toutes ses organisations membres. Aux Scouts Musulmans de France, nous la vivons « Par la Miséricorde » (ar-Raḥma) : plus qu’une règle, une manière d’être avec les jeunes et entre nous.

Deux scouts en conversation
À retenir. Prévenir la maltraitance, ce n’est pas seulement interdire : c’est cultiver activement la bientraitance — un climat où chacun se sent respecté, en sécurité et écouté.

Des jeunes vous sont confiés, en unité, en week-end, en camp. Chaque adulte a une responsabilité particulière : par sa vigilance, son exemple et sa capacité à réagir. Nous avons les mêmes devoirs que les jeunes, mais la responsabilité des adultes est plus grande.

Rien n’est tabou : aucune préoccupation ne doit rester tue, même si le sujet met mal à l’aise.

Vrai ou faux ? « Tant qu’il n’y a pas de geste grave, il vaut mieux ne pas en parler pour éviter les histoires. »
Faux. En cas de doute, on en parle. En parler tôt protège l’enfant et l’adulte. Le silence, lui, laisse la situation s’aggraver.
Chapitre 2

Reconnaître : les notions clés

Rahma (miséricorde)

La source des bons comportements : tolérance à l’erreur, bénéfice du doute, pardon, douceur. Elle oriente notre manière d’encadrer.

Environnement sûr

Un cadre — physique et relationnel — où chacun, jeune comme adulte, est protégé de tout danger et de toute atteinte à son bien-être.

Abus

Profiter d’un rapport de force, de confiance ou d’autorité pour porter atteinte à une personne. C’est le cœur de la maltraitance.

Bientraitance

Agir en amont pour le bien-être : valoriser les bons comportements, rappeler les droits, être à l’écoute. Le remède aux ambiances délétères.

Qu’est-ce que la maltraitance ?

Toute situation qui porte atteinte au bien-être physique ou psychique d’une personne, par action ou par omission : violence, négligence, harcèlement, humiliation, violences sexuelles et sexistes. Un geste, une parole, un regard… ou leur absence (ne pas protéger, ne pas répondre à un besoin).

Reconnaître l’abus : A · B · U · S · E · R

L’abus est le cœur de la maltraitance. Six manières d’abuser font basculer un environnement sûr en environnement à risque — il est interdit d’abuser :

Attaquer — s’en prendre à quelqu’un physiquement ou verbalement.
Bâillonner — empêcher une personne de s’exprimer.
Usurper — prendre une fonction qui n’est pas la sienne, ou agir en dehors de ses fonctions.
Séduire — faire des manœuvres dans le but de s’avantager au détriment d’autrui.
Exclure — isoler directement ou indirectement une personne.
Retenir — obliger une personne à participer à une action contre son gré.
À retenir. Aucun de ces six verbes ne suppose un geste violent. On peut abuser en bâillonnant, en excluant ou en usurpant une fonction — sans jamais lever la main.

Des signaux qui doivent alerter

  • Un jeune en retrait, apeuré, qui évite un adulte en particulier.
  • Des blessures inexpliquées, une hygiène ou un sommeil très perturbés.
  • Des propos ou dessins évoquant des situations inadaptées à son âge.
  • Un changement brutal de comportement, un décrochage soudain.
  • Un adulte qui cherche l’isolement avec un jeune, ou franchit les limites.
À retenir. Un signal n’est pas une preuve — mais il justifie toujours d’en parler à la cellule d’écoute ou à un référent. Ce n’est pas à vous d’enquêter.
Auto-évaluation. Citez mentalement les 4 notions clés, puis les 6 verbes d’A.B.U.S.E.R.
Notions : Rahma · Environnement sûr · Abus · Bientraitance.
Abuser : Attaquer · Bâillonner · Usurper · Séduire · Exclure · Retenir.
Chapitre 3

Prévenir : « Nos bonnes relations »

Le Code Rahma fixe sept repères simples. Ils rendent la Miséricorde concrète dans nos relations, valent pour tous et tout le temps, et se préviennent par des habitudes, pas par des exploits.

RepèreOn privilégieOn évite
Ne pas s’isolerRester à la vue et à portée d’autres ; pour un échange, un lieu visible ou porte ouverte.Se retrouver seul(e) à l’écart avec un jeune ; les lieux fermés et isolés.
Des contacts justesDes gestes adaptés à l’âge, publics et bienveillants, qui répondent au besoin du jeune (réconforter, soigner).Tout contact imposé, intime ou ambigu ; répondre à son propre besoin.
Les bons canauxLes canaux du groupe ; pour un mineur, avec les parents informés.Les messages privés individuels (surtout tard le soir) et les échanges cachés sur les réseaux.
Photos & imagesDemander l’accord (des parents pour les mineurs) ; des images respectueuses, un usage cadré.Photographier des moments d’intimité (douche, change) ; diffuser sans accord.
NuitéesDes espaces de couchage séparés adultes / jeunes et filles / garçons ; respecter l’intimité.Qu’un adulte soit seul dans l’espace de couchage des jeunes.
Des paroles qui respectentUn langage bienveillant et l’égale dignité de chacun.Les propos humiliants, sexistes ou discriminatoires, et les « blagues » déplacées.
Entre adultes aussiLe respect et l’absence de harcèlement, moral ou sexuel.Considérer que ces repères ne concerneraient que la relation aux jeunes.
La règle du non-isolement. Ne jamais se retrouver seul(e), à l’écart, avec un mineur. Rester visible protège le jeune… et vous protège aussi de tout malentendu.
Bulles de dialogue

« C’est notre secret »

C’est la phrase la plus dangereuse de toutes, et le mécanisme même de l’emprise : elle isole le jeune, le rend complice, et le fait taire. Un adulte du mouvement n’a jamais de secret avec un jeune en particulier — pas plus qu’il ne lui fait de cadeau ni de faveur réservée. Si vous entendez un jeune évoquer un secret avec un adulte, c’est un signal, pas une confidence à respecter.

Le numérique, un terrain comme un autre

Les repères « bons canaux » et « photos & images » valent en ligne : groupes du mouvement plutôt que messages privés individuels à un mineur, parents informés, accord avant toute image, vigilance sur le cyberharcèlement. En cas de propos inquiétants vus en ligne, on applique les mêmes réflexes qu’ailleurs : on en parle.

Scénario express. Un jeune veut te parler seul à seul, à l’écart. Que fais-tu ?
Tu acceptes de l’écouter, mais dans un lieu visible (pas isolé) : par exemple un coin calme à vue des autres. Tu restes disponible sans jamais t’isoler.
Chapitre 4

Le cadre légal français

Nous veillons aux comportements, mais la Loi interdit des actes. Les faits les plus graves relèvent des autorités, et les mineurs sont particulièrement protégés.

À retenir. Personne n’est « au-dessus » des règles au motif de sa fonction ou de son ancienneté. Le cadre protège les jeunes — et l’ensemble du groupe.

Une animatrice qui ne respecte pas la durée de sommeil réglementaire, un directeur qui fait des allusions douteuses sur l’orientation sexuelle présumée d’un jeune : ce sont des faits qui peuvent entraîner une enquête administrative, jusqu’à la disqualification.

Chapitre 5

Agir & trouver de l’aide

Face à une préoccupation pour la sécurité ou le bien-être d’une personne, gardez en tête trois réflexes, dans l’ordre :

1. Protéger
Mettre la personne en sécurité, faire cesser le danger immédiat. Secours : 151718112
2. En parler
En interne : cellule d’écoute, référent, formulaire en ligne, rahma@scoutsmusulmans.fr
3. Signaler
Aux autorités : 119 enfance en danger · CRIP · procureur
« En parler » ≠ « accuser ». En parler, c’est transmettre une préoccupation à une personne formée. La confidentialité est garantie et aucune représaille ne peut viser celui qui parle de bonne foi — même si sa préoccupation se révèle sans gravité.

Le mot « signalement » est réservé au niveau externe, la transmission aux autorités. En interne, on en parle.

Vous n’êtes jamais seul

Le référent Safe from Harm

Une personne désignée et identifiable — son signe distinctif est annoncé au début de chaque camp ou événement. On peut la solliciter à tout moment, sans rendez-vous ni justification.

La cellule d’écoute

Constituée pour les camps et les événements nationaux : une équipe formée, un lieu et des horaires annoncés, pour recueillir toute parole ou préoccupation.

Le formulaire « en parler »

Accessible par QR code, réponse possible de façon anonyme. Ou par e-mail à rahma@scoutsmusulmans.fr.
En parler
QR code du formulaire en parler
Formulaire « en parler »

Si un jeune se confie : écouter sans enquêter

Ce que vous faites dans les cinq premières minutes détermine ce qui sera possible ensuite. Cinq règles, et elles suffisent :

  • Écoutez sans enquêter. Ne faites pas répéter, ne posez pas de question qui suggère une réponse, ne cherchez pas de détails. Ce n’est pas votre rôle, et cela peut fragiliser une procédure ultérieure.
  • Ne promettez pas le secret absolu. Dites plutôt : « je ne peux pas garder ça pour moi, mais je n’en parlerai qu’aux personnes qui peuvent t’aider ».
  • Ne montrez ni horreur ni jugement, ni sur les faits ni sur la personne mise en cause : le jeune l’interprétera comme dirigé contre lui, et se refermera.
  • Notez après coup, avec ses mots à lui : qui, quoi, où, quand, comment — plus la date et l’heure du recueil.
  • Ne confrontez personne et ne prévenez pas la famille avant d’en avoir parlé : cela peut mettre le jeune en danger.

Dites-lui qu’il a bien fait de parler. C’est la seule chose que vous devez lui promettre.

Ce qui se passe ensuite, et en combien de temps

ÉtapeDélai
Accusé de réceptionSous 48 heures ouvrées.
Première évaluationSous 5 jours ouvrés, pour les situations de niveau 1 et 2.
Danger ou infractionImmédiatement. On protège, puis on signale aux autorités.

Ces délais sont ceux des procédures de recueil de la parole. Les annoncer compte : quelqu’un qui hésite à parler a besoin de savoir que sa parole ne tombera pas dans le vide.

Les trois niveaux de gravité

NiveauSituationTraitement
1 · LégerTension, maladresse, manquement sans atteinte grave.Traitement local et médiation ; information du Coordinateur SfH pour le registre.
2 · ImportantHarcèlement, comportement inapproprié, sans infraction manifeste.Coordinateur SfH : évaluation, mesures internes, suivi.
3 · GraveInfraction pénale suspectée ; mineur ou adulte vulnérable en danger.Signalement externe obligatoire, Bureau national, mesures conservatoires.

Le niveau ne fait jamais écran à la loi

Dès qu’un fait est susceptible de constituer une infraction — a fortiori sur un mineur ou une personne vulnérable — il relève du niveau 3 et se signale aux autorités, quelle que soit l’évaluation interne. L’obligation de l’article 434-3 naît de la connaissance des faits, pas de leur qualification par l’association.

Pas de médiation en cas de violence

La médiation est la voie privilégiée pour les désaccords — mais elle est exclue en cas de violence, de harcèlement ou d’abus. Elle placerait la personne exposée et la personne mise en cause sur un pied d’égalité, ce qui aggrave l’emprise. Dans ces situations : on protège, et on en parle.

Numéros utiles

15 Samu · 17 Police / Gendarmerie · 18 Pompiers · 112 Urgences européennes
119 Enfance en danger, 24 h/24 (si un mineur est concerné) · 3018 Violences numériques et cyberharcèlement
116 006 France Victimes : écoute et orientation, tous les jours de 9 h à 20 h · 3919 Violences Femmes Info, 24 h/24
114 Urgences accessibles par SMS, tchat ou visiophonie — gratuit, pour toute personne dans l’incapacité d’appeler

Le 116 006 n’est pas un numéro permanent : il ferme à 20 h. En dehors de ces horaires, pour un danger, c’est le 17 ou le 112.

Auto-évaluation. Quel numéro pour un enfant en danger ?
119 (Allô Enfance en Danger). Pour un danger immédiat : 17 ou 112.
Chapitre 6

Scénarios pratiques

Mettez-vous en situation. Réfléchissez, puis découvrez la conduite attendue.

🟠 Un jeune vous confie subir des violences à la maison.
J’écoute sans enquêter ni faire répéter. Je ne promets pas le secret. Je rassure (« tu as bien fait de parler »). Je transmets sans délai au référent / à la cellule d’écoute, qui saisira les autorités (119, CRIP, procureur). Je note les faits tels qu’ils m’ont été dits, sans interprétation.
🟠 Vous voyez un autre encadrant s’isoler régulièrement avec le même jeune.
Je n’accuse pas et je n’enquête pas seul. J’en parle à la cellule d’écoute ou à un référent. Ma préoccupation, même si elle se révèle sans gravité, doit être partagée : c’est ainsi qu’on protège. Le silence, lui, laisse le risque grandir.
🟠 Un jeune vous demande votre numéro pour vous écrire en privé après le camp.
Je refuse la relation privée individuelle avec un mineur. Je renvoie vers les canaux du groupe et, pour un mineur, vers les parents. Rester dans un cadre collectif et transparent protège tout le monde.
🟠 Un adulte de l’équipe multiplie les « blagues » humiliantes envers une autre adulte, qui n’ose rien dire.
Les repères valent entre adultes aussi : le harcèlement moral n’a pas sa place. Je peux nommer le problème sur le moment, avec mesure, et surtout en parler à la cellule d’écoute ou au référent. Attendre que la personne visée se plaigne elle-même, c’est lui faire porter seule le poids de la situation.
Chapitre 7

Notre politique « Par la Miséricorde »

Rahma

Cette formation s’appuie sur un ensemble cohérent de documents, que vous pouvez consulter :

  • Politique nationale « À l’abri de la maltraitance » — le cadre de référence.
  • Code Rahma — notre code de conduite, pour les jeunes et les adultes, qui porte « Nos bonnes relations ».
  • Procédures de recueil de la parole — une pour les enfants et jeunes, une pour les adultes : canaux, délais, confidentialité, gestion des cas.
  • Fiche de recueil et formulaire en ligne « en parler » — pour transmettre une situation.

Votre engagement, chaque année

Le Code Rahma comporte une page « Mon engagement Par la Miséricorde », à signer et à renouveler chaque année. En la signant, vous vous engagez à respecter la politique, le Code et les procédures, à adopter des comportements bientraitants, et à en parler sans délai en cas de préoccupation.

Cet engagement est distinct de la présente formation : l’attestation prouve que vous avez été formé, l’engagement signé prouve que vous y adhérez. Les deux sont demandés.

À retenir. En cas de doute, vous n’avez pas à tout connaître par cœur : il suffit d’en parler à la cellule d’écoute ou d’utiliser le formulaire. Les personnes formées prennent le relais.
C’est presque fini

Récapitulatif

  • Bientraitance : agir en amont pour un environnement sûr, au-delà de l’interdiction.
  • Nos bonnes relations : ne pas s’isoler, contacts justes, bons canaux, photos cadrées, couchages séparés, paroles qui respectent — entre adultes aussi.
  • Cadre légal : majorité à 18 ans, consentement impossible sous 15 ans, obligation de signalement (art. 434-3).
  • 3 réflexes : Protéger → En parler → Signaler.
  • En parler n’est pas accuser : confidentialité garantie, aucune représaille.
  • Où aller : cellule d’écoute, référent, formulaire « en parler », rahma@scoutsmusulmans.fr

« Nous sommes tous garants de la bientraitance. »

Dernière étape : valider votre formation

Un court quiz (≈ 5 min) valide vos acquis et vous délivre votre attestation nominative par e-mail.

Seuil de réussite : 80 %. En cas d’échec, une nouvelle tentative est possible. L’attestation est valable 3 ans.

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